L’avenir des langues minoritaires
dans la mondialisation

Facteurs personnels

Le langage est avant tout un instrument de communication entre des individus partageant une même culture et une même réalité. La façon d’exprimer des idées, des concepts ou des actions est en lien direct avec le quotidien et l’environnement des locuteurs. Mais notre langue est aussi le terrain de notre émotivité. Pour tous les êtres humains, la langue maternelle est chargée de sens et d’émotion. Chaque mot, chaque phrase, chaque concept est enregistré avec une émotion et une langue seconde ne pourra être chargée du même sens que sa propre langue maternelle.

La notion d’identité est un facteur personnel primordial nous laissant entrevoir les chances de survie d’une langue minoritaire. En effet, l’identité d’une nation s’organise toujours autour d’un pôle rassembleur (partage d’une religion, d’un même territoire ou d’une langue commune). Si une minorité ethnique n’a pas une identité dont la base de son unicité est la langue, les chances de survie de son héritage linguistique sont très faibles. La situation du français au Canada est un exemple intéressant où la langue est le facteur à la base de l’identité nationale. À l’intérieur du Canada même peu de Québécois (habitant de la partie française du Canada) se décriront comme Canadiens mais diront plutôt qu’ils sont soit « Québécois » (de la province de Québec) ou « Canadiens français ». Dans ce cas, la langue est au fondement de la notion identitaire et la survie et le développement du français au Canada sont assurés par ce sentiment très fort. Mais dans certaines régions du monde, lorsque la langue d’une minorité linguistique n’est plus perçue comme étant le facteur déterminant de leur identité, il y a alors un danger réel de perte de la langue. C’est ce qui s’est produit pour des pays où l’effort du gouvernement à créer une identité uniquement liée au territoire (tu vis en Chine donc tu es Chinois; tu vis en Russie donc tu es Russe, tu vis en Yougoslavie donc tu es Yougoslave).

La complexité de l’identité est particulièrement réelle dans certaines régions du monde ayant vécu (ou vivant encore) des conflits armés. Prenons le cas du Liban, où 17 confessions religieuses cohabitent sur un même territoire. Dans ces circonstances, que signifie « être Libanais » ? La question de l’identité nationale est d’ailleurs au cœur de la plupart des guerres civiles. Pensons aussi à la Yougoslavie, au Rwanda ou en ce moment à l’Irak. Au Liban, cette même notion d’identité a été l’élément central des accords de Taëf mettant un terme à la guerre civile et elle est encore un sujet de négociations perpétuelles entre les différentes factions au pouvoir.  Mais si la religion ou l’origine ethnique est souvent le fondement de l’identité, la langue l’est aussi très souvent.

Le même exemple aurait pu être pris avec le peuple catalan en Espagne. La langue catalane étant le vecteur de l’identité nationale, sa survie est assurée par ce fort sentiment d’appartenance que le gouvernement de Franco avait tenté d’assimiler au cours des années 60. Le besoin d’identité est un facteur personnel très important que tous les habitants de la planète ressentent (Maslow,…). C’est ce facteur psychologique qui explique la raison pour laquelle, les immigrants se regroupent en ghettos dans leur nouveau pays d’accueil. Ce besoin de partager des valeurs communes (valeurs véhiculées par une vision du monde et donc par la langue) est présent à l’intérieur de chacun d’entre nous et est un élément favorisant la pérennité de certaines langues en danger.

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